Actualités

Actualités de l’organisme

Appel à contribution – Des projets collaboratifs pour renouveler la citoyenneté culturelle

AUTOMNE 2023

 

Sous la direction de Louis Jacob (Université du Québec à Montréal) et Christine Schaut (Université Libre de Bruxelles)

Le numéro propose un examen de diverses initiatives locales et collaboratives qui mettent à l’épreuve et réinventent l’exercice de la citoyenneté culturelle.

La notion de citoyenneté culturelle désigne aujourd’hui un vaste ensemble de pratiques et de discours qui débordent largement le domaine des arts et de l’offre culturelle traditionnelle. Des droits fondamentaux afférents à l’identité individuelle et collective, à l’éducation, à la liberté d’expression ou à la participation aux institutions culturelles, on passerait à des considérations tout aussi fondamentales sur la participation à la vie démocratique, l’inclusion sociale et la possibilité de se constituer en sujet politique. C’est ainsi que des lieux, créés par des collectifs citoyens sur un mode autogestionnaire, s’ouvrent à la fois aux expressions artistiques, à l’accueil de migrant·e·s et des sans-papiers, à des pratiques de jardin collectif et à des initiatives favorisant les liens sociaux de proximité.

Les identifications, les interdépendances, les aménagements, et donc aussi les lignes de fractures et les conflits varient évidemment d’un État à l’autre, et tous les concepts susceptibles d’orienter nos interrogations ne sont pas uniformes ― on n’a qu’à penser aux destins pour le moins disparates des notions de « territoire », de « communauté » ou de « collectivité » de part et d’autre de l’Atlantique (Brubaker, 2001 ; Fraser, 2005 ; Meyer-Bisch, 2008 ; Wieviorka, 1996). Ces transformations des pratiques et des droits culturels n’ont évidemment pas échappé à la réflexion et à l’analyse critique dans les champs connexes de la critique et de l’histoire de l’art, de l’analyse des politiques culturelles et des écosystèmes professionnels, ou de la sociologie des pratiques culturelles (Bishop, 2012 ; Casemajor, 2017 ; Kelley et Krant, 2011 ; Martel, 2015 ; Miglioretti, 2016 ; Roy-Valex et Bellavance, 2015). Au-delà des clivages disciplinaires, nous invitons à poursuivre l’examen de ces transformations dans l’ensemble de leurs dimensions politiques, sociales, territoriales et culturelles.

Les projets collaboratifs qui nous intéressent ici mettent à l’épreuve et réinventent donc, à la fois, les nouvelles formes de mobilisation et de participation citoyennes à la marge des institutions, ainsi que les politiques et les droits culturels en les élargissant aux enjeux sociaux et politiques (Arnaud, 2020 ; Kaine, 2016 ; Kruzynski, 2017 ; Pignot, 2019 ; Polletta, 2013 ; Sholette, 2018 ; Zamora, 2014). Ces projets très variés sont désignés par des termes génériques maintenant largement répandus : friches culturelles, communs, zones à défendre, tiers lieux, laboratoires de création, fablabs, occupations temporaires, incubateurs, centres autogérés, regroupements interdisciplinaires, etc. Ils constituent des collectifs citoyens qui prennent place dans des lieux spécifiques et opèrent selon des modalités organisationnelles elles aussi spécifiques, souvent  basées sur l’autogestion et la sociocratie (Lallement, 2019). Ces collectifs questionnent également les logiques de développement urbain ou territorial intégré en dépassant les modes habituels de fabrication et d’appropriation des espaces, en floutant la frontière entre espace privé et espace public, entre usage et propriété, et en favorisant l’économie circulaire. Ils réinventent aussi les collaborations interdisciplinaires entre équipes de recherche, militants et regroupements citoyens et, par l’attention qu’ils portent à la nature et aux matériaux utilisés, ils proposent d’autres modes de relation avec l’environnement humain et non humain. Ce sera le cas des laboratoires de création ou projets multidisciplinaires, des réseaux de solidarité alimentaire ou des projets éco-artistiques, tous étroitement insérés dans leurs milieux (Babin, 2022 ; Miessen et Basar, 2006 ; Moulaert, 2009 ; Petcou, 2007 ; Sermon, 2019 ; Taylor, 2017 ; Zhong Mengual, 2019). Une attention particulière est portée aux processus d’idéation et de production, aux pratiques collectives et aux stratégies s’inscrivant dans tous les domaines de l’expression et de la création culturelles : arts, design, architecture, patrimoine, communication, éducation, science…

Enfin ce numéro sera également l’occasion d’interroger les enjeux méthodologiques et épistémologiques que l’étude de ces initiatives porte en elle. Les initiatives elles-mêmes innovent sur le plan des pédagogies, de l’apprentissage et de l’acquisition des compétences, du transfert et du partage des connaissances ou des savoirs, de la conception créative, de la recherche et de l’expérimentation (Berrebi-Hoffman, Bureau et Lallement, 2018 ; Besson, 2018 ; Findeli et Coste, 2007 ; Hatch, 2014). Comment les sciences du social à leur tour mènent-elles leurs enquêtes, leurs analyses, leurs réflexions critiques, quelles sont les relations entre les milieux académiques et non académiques dans ces espaces de collaboration, à quelles nouvelles questions éthiques la recherche est-elle alors confrontée ?

Ainsi, au-delà des questions classiques d’accessibilité aux arts et à la culture, ce numéro entend traiter les problématiques plus larges qui touchent la redéfinition de la démocratie locale et les espaces dans lesquels elle s’exerce, la lutte contre les inégalités, l’exclusion et la discrimination, cela dans le prisme particulier des dynamiques culturelles et artistiques qui se nichent dans les initiatives citoyennes.

Trois axes structurent ce numéro thématique, et les personnes intéressées sont invitées à en tenir compte :

  1. Les politiques et les contextes. Il s’agira d’étudier les manières dont ces initiatives citoyennes se mesurent aux politiques culturelles existantes et à leur gouvernance aux échelles locale et régionale, ainsi qu’aux politiques transversales (par exemple en matière d’aménagement du territoire ou d’emploi). Comment leur action contribue à l’évolution des politiques et des droits culturels, mais aussi comment elle s’y oppose, comment elle met en jeu leur logique politique et leurs modes de fonctionnement. Cet axe entend aussi étudier comment ces initiatives s’emparent des outils de la démocratie participative et en inventent de nouveaux, leurs rapports avec les dispositifs participatifs institutionnalisés et les formes d’engagement qu’elles favorisent au travers entre autres la création de collectifs citoyens.
  2. Les dispositifs. Le deuxième axe sera quant à lui attentif à donner chair aux initiatives elles-mêmes, à leurs réalisations, à la place qu’y prennent les expressions culturelles et artistiques et aux éventuels frottements qui peuvent exister entre elles et d’autres activités, aux méthodologies qu’elles utilisent pour embarquer des citoyen·ne·s dans leurs activités, aux profils sociologiques des personnes qui s’y engagent à différents degrés et à leur trajectoire militante et professionnelle, aux alliances qu’elles réalisent et aux obstacles auxquelles elles sont confrontées. Une attention particulière sera accordée à la dimension spatiale et matérielle des projets étudiés : obéissent-ils à des logiques de localisation particulières ? Comment font-ils pour s’inscrire dans le voisinage ? Quels sont les lieux et les matérialités qui les accueillent ? Comment les détournent-ils et les font-ils siennes ? Comment dépassent-ils les manières traditionnelles de produire et de s’approprier les espaces, qu’ils soient urbains, périurbains ou ruraux ?
  3. Les axiologies et les référentiels. Le dernier axe portera un regard critique et réflexif sur les enjeux de la recherche-création et de la recherche-action dans les communautés universitaires et non universitaires : les initiatives étudiées s’arriment souvent à des méthodologies revendiquant l’égalisation des savoirs et mettant en œuvre leur co-production. Par effet miroir et de mise en abyme, leur étude scientifique suggère elle aussi de repenser les frontières entre chercheur·e·s et sujets d’étude et leurs modalités d’engagement. Cet axe s’intéressera à présenter les ouvertures épistémologiques ainsi soulevées mais aussi les impensés et difficultés, par exemple lorsque la recherche et l’expérimentation confinent aux changements globaux affectant la transmission culturelle, la santé ou l’environnement.

Les auteurs et autrices sont invité·e·s à envoyer une proposition de contribution (1 à 2 pages, ou environ 6000 signes) à l’intention des responsables du numéro : Louis Jacob, jacob.louis@uqam.ca et Christine Schaut, christine.schaut@ulb.be avant le 1er juillet, en précisant leur affiliation universitaire. Les auteurs et autrices dont la proposition aura été retenue par le comité de rédaction seront invité·e·s à soumettre un article complet le 1er décembre.

La revue ne publie que des textes inédits. Les auteurs et autrices sont tenu·e·s d’aviser la rédaction de tout projet de publication concurrent.

Consulter l'appel à contribution

Devenez membre dès maintenant

et profitez de tous nos services.

Devenir membre